BDFIL 14e édition
Festival de Bande Dessinée, Lausanne

Du 13 au 17 septembre 2018

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BDFIL 2017 – Anna Sommer – l’invitée d’honneur

© Anna Sommer

Née en 1968 à Aarau, Anna Sommer vit et travaille à Zurich. Cette pionnière de la nouvelle bande dessinée helvétique est donc argovienne d’abord, zurichoise ensuite, et même un peu lausannoise… C’est à Lausanne en effet que tout commence quand, en 1989, Frédéric Pajak reproduit l’une de ses gravures dans l’agenda culturel Good Boy. Le même Pajak embarquera l’illustratrice dans tous ses fanzines, journaux et revues (L’Âge bête, Culte, L’Éternité hebdomadaire, L’Imbécile, Les Cahiers dessinés, 9 Semaines avant l’élection).

Dès mars 1991, Lausanne découvre sa signature sur des affiches du mythique club de rock La Dolce Vita, puis dans le non moins mythique magazine Vibrations. Rejoignant en 1994 l’équipe du fanzine zurichois Strapazin, Sommer est, en France, découverte en 1996 par JC Menu qui l’édite à l’Association.

Lausannoise, elle l’est par ses amitiés et par ses contributions graphiques à la culture alternative aussi bien que par des chocs artistiques. Anna Sommer avoue avoir été profondément marquée par les bois gravés de Félix Vallotton, qui marient la cruauté du trait avec tous les synthétismes : celui du noir et blanc, de l’ombre avec la lumière, celui de la présence avec l’absence, le mensonge et la vérité.

Anna Sommer taille, tranche, elle coupe et découpe. Les premières illustrations et premières BD étaient à la pointe sèche. Cette technique de la gravure en creux consiste à inciser une plaque de métal, chez elle le zinc, avec un outil aiguisé. Les parties entaillées recevront l’encre qui, à l’impression, révèle le dessin. Par la suite, elle s’est fait une spécialité du collage, procédé en apparence très éloigné de la pointe sèche si ce n’est qu’il déploie une même chirurgie et de mêmes armes blanches. Le cutter n’est-il pas de la même famille et du même acier que les outils du graveur ?

Souvent elle dessine à la plume aussi. Tandis qu’il entaille le blanc du papier, son trait acéré semble se souvenir de tous les scalpels et de tous les cutters. 

www.annasommer.ch

L’affiche

© Anna Sommer pour BDFIL 2017 / KOMUNIK

On dirait presque des mains avides. Sur sa robe courte, le motif tumultueux du papier d’origami rejoue la célèbre Grande Vague de Kanagawa (1830) de Hokusai et annonce de possibles déchaînements. Avec un calme opposé aux affolements d’écume, la femme vous toise et se détourne de cinq lettres terribles qu’elle vient de tracer à l’encre noire en utilisant une pieuvre. Délicatement, elle serre le tentacule du céphalopode entre le pouce et l’index de la main droite, petit doigt relevé en signe d’extrême raffinement et de japonisme encore. Cette année, BDFIL pourrait bien être un rejeton de la pieuvre qui est elle-même un rejeton de la vague. Et à l’image de son affiche spécialement conçue par Anna Sommer, la treizième édition pourrait bien être à la fois très rose et très noire!…